Gazette n°4

Une livraison de Gazette issue de mes formations à la vulgarisation, pour le compte du Collège doctoral Sud de France.

Voici la Gazette n°4 avec encore un joli menu :

  • Les super-réseaux pour détecter le super-lointain par Rémi Rossignol
  • L’effet de la simplicité sur la gestion de portefeuille de projets d’innovation par Peter Bou Saba
  • Les gonalgies, c’est le pied ! par Sébastien Moyne-Bressand
  • Des microbes pour aider à nourrir le monde par Adeline Becquer
  • Pesticides : consommez avec modération ! par Oussama  Mghirbi
  • L’eau de forage, poison des populations au Burkina Faso par Awa Gueye
  • Nouvelle approche pour la mesure de la pression artérielle par Amir Benmira
  • Etre malade soigne du cancer par Camille Jacqueline
  • Et si la chimie n’existait pas ? par Doria Voisin
  • Quelle récupération pour Rio ? par Rachel Borne
  • Fini les secrets, l’imagerie dévoile les pensées par Loubna Drissennek.

Merci à tou-te-s les participant-e-s pour leur enthousiasme et d’avoir joué le jeu ! Bonne lecture !

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Gazette n°3

Une livraison de Gazette issue de mes formations à la vulgarisation, pour le compte du Collège doctoral Sud de France.

Voici la Gazette n°3 et son joli programme :

  • La distribution des aides agricoles de la nouvelle PAC en France : l’argent est-il dans le pré ? par Pauline Lecole
  • RSE… vous avez dit Responsabilité Sociale de l’Entreprise ? par Hajar El Bahri
  • Objectif Mars : alerte aux radiations par Axel Rodriguez
  • Entre liquide et solide, l’étonnante mécanique du tas de sable par Paul Schuhmacher
  • Rencontre avec un physicien médical par Joël Greffier
  • Adaptez votre micro-nutrition pour obtenir de macro-performances par Jonathan Maury
  • Mamie a du sex-appeal par Charlotte Perrot
  • Irradier ou ne pas irradier ? Trouver un compromis par Francesco Macri
  • 10 bonnes raisons de laisser les enfants jouer aux jeux vidéo par Antoine Chollet
  • La presse, le pouvoir et l’empire par Fatma Zohra Hamrat
  • Bouger son tronc c’est perdre la fonction du bras par Karima Bakhti
  • La découverte des nouveaux échangeurs d’anions par Ut Dong Thach
  • Traduire ou trahir ? par Asmaa Aoujil
  • La recherche médicale, schizophrénie planétaire par Victoria Sparta.

Merci à tou-te-s les participant-e-s pour leur enthousiasme, et bonne lecture.

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Mindmap formation à Montpellier, PRES, 21-23 octobre 2014

Voilà la carte mentale de la désormais traditionnelle question : “Vulgariser : pour ou contre ?”. La question est volontairement absurde, dans l’espoir d’en aborder tous les aspects et pas seulement ceux convenus. Pas de jeu des six chapeaux cette fois mais pour autant, on retombe sur les mêmes problématiques, et à peu près dans le même ordre que les autres cartes mentales.

Les productions des auteur-e-s arrivent dans un prochain post.

Vulgariser-211014

Formations automne/hiver 2014

Le calendrier des formations à venir. Les seuls créneaux restant sont pour la formation à la vulgarisation scientifique, qui vient d’ouvrir, et prévue en novembre.

  • Bien commencer avec R – UMR CBAE et ISEM – octobre 2014
  • Bien commencer avec R – Collège doctoral de Montpellier – octobre 2014
  • Vulgarisation scientifique – Collège doctoral de Montpellier – octobre 2014
  • Vulgarisation scientifique – Collège doctoral de Montpellier – novembre 2014
  • Morphométrie avec R et Momocs – UMR CBAE et ISEM – novembre 2014
  • Statististics using R – Dept. of Archaeology, Sheffield – décembre 2014

New publication: “Honey Pollen: Using melissopalynology to understand foraging preferences of bees in tropical south India”

I’m very (very) happy to announce that a paper by Ponnuchamy R et al. has been published in PLoS ONE and freely available for download.

I have been implied in this paper while at the French Institute of Pondicherry, during the PhD of my friend and colleague Sir/Dr Ponnuchamy.

You can find the paper there.

Gazette n°2

Voici la Gazette n°2, issue de la compilation des scripts des valeureuses et valeureux candidats à l’édition Languedoc-Roussillon du concours “Ma thèse en 180 secondes”, à l’issue d’une formation à la vulgarisation. Du beau boulot !

Merci à eux et bonne lecture !

  • Analyser les émotions sur les forums de médecine par Amin Abdaoui
  • Causes alternatives de la BPCO par François Alexandre
  • Prévenir l’apparition du diabète par Cacylde Amouzou
  • Sciences participative et philosophie des sciences par Guillaume Bagnolini
  • Une algue bleue à la rescousse du traitement du cancer par Louis Bornancin
  • Ma relation avec REDD1 par Florian Britto
  • Analyse automatique du bois des arbres par Guilhem Brunel
  • Arrondi et programmes informatiques par Nasrine Damouche
  • Objectif : zéro nouvelle infection par VIH par Coralie Daussy
  • Cent ans de représentation des Chinois dans la littérature populaire par Marion Decome
  • Le piège des pièges écologiques par Virginie Demeyrier
  • L’utilité des objets inscrits exposés par Léa Friis Alsinger
  • L’érosion : cause des séismes ? par Manon Genti
  • Produire de l’énergie grâce à des panneaux solaires spatiaux par Emmanuel Giudicelli
  • Cancer et bombardement aérien par Jérôme Lacombe
  • Culture de l’image, culture par l’image par Bénédicte Langlois
  • Barrer la route au VIH par Charlotte Mariani
  • Diminuer les risques liés au médicament par Tri-Long Nguyen
  • Du gras et des étoiles par Allan Pagano
  • Le recyclage des terres rares par Moussa Touré

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Momocs “Barley” towards version 1.0

As part of my post-doc in Sheffield, with Eleanor Stillman and Glynis Jones, I’m working hard on Momocs and a brand new version (v 0.9 – “Barley”) is available for testing, just type:

  library(devtools)
  install_github("vbonhomme/Momocs")
  library(Momocs)

In brief, changes from the last version include:

  • An unified framework and grammar. Which involved the almost complete rewriting of the package, but it’s now straightforward to switch between morphometrics methods.Most notably, iit “revolves” from S4 to S3, probably less orthodox but more user-friendly (and coder-friendly too). Also a roxygenized, richer, documentation.
  • Open outlines and configuration of landmarks. Also a long list of utilities to do many things on (x; y) coordinates, including global shape descriptions;
  • New graphics and multivariate methods. Graphics have been refreshed and many multivariate methods are here or on their way (PCA, LDA, MANOVA, MDS, Hierarchical clustering, K-means, Multivariate regressions, Regression trees, etc.).
  • Babel. A bunch of functions to import other formats;
  • Datasets. New datasets to play around;
  • Tutorials. A new and extended version of the package’s vignette: “A graphical introduction to Momocs and morphometrics using R” on its way. So far, you can have a look to the demos. See ?Momocs.

We always wanted to allow users to do all morphometrics in R, because it’s open-source, extendable and powerful.

For the version 1.0 (planned for September 2014) we aim at filling some gaps in methods/documentation, write some gorgeous tutorials and include everything landmarks. In brief, we are getting closer of a companion package to the bible of my friend Julien Claude, for free and open-source morphometrics in R.

 

ShakePeers est née !

Après 2 ans de réflexions, d’amour, d’erreurs, de palabres et de rencontres, bref 2 ans de vie, l’association qui va porter ShakePeers est née le 26 avril 2014, rue Dagorno, sur des canapés et des poufs, et sera incubée par Plume! et Animafac pendant trois ans.

L’idée ? Explorer un modèle de vulgarisation scientifique libre (les contenus sont modifiables, réutilisables, gratuitement), ouverte (à tou-te-s, et dans la construction) et collaborative (nous sommes tous pairs). Bref, secouer le cocotier du peer-reviewing.

Pour l’instant, le site est toujours en bêta et nous travaillons derrière le rideau sur un système de review façon “track changes” mais dans sur une base Mediawiki. Vous pouvez déjà aller y fouiner et proposer des articles. Tout, code y compris, sera sous licence libre (CC by-sa), et vous pourrez monter votre chaîne éditoriale pour un journal académique, associatif, etc. de votre côté.

Deux brouillons d’idée ici (juin 2012) et là (fev. 2013). Avec les coquilles, ça fait plus authentique.

Naturellement à suivre.

Post-doc in UK

I’m very happy to start a post-doc in morphometrics and (paleao)-botany at the University of Sheffield, at the School of Mathematics and Statistics, with Eleanor Stillman and Glynis Jones.

The opportunity to study early domestication of crops, through modern morphometrics on the shape of their archaeological remains.

The opportunity to continue develop Momocs, integrate analysis of open outlines and landmarks, and also some tools for the so-called “traditional morphometrics”. I also plan to partly rewrite the code, write more and better tutorials.

To be continued…

New publication : “Momocs: Outline Analysis using R”

I’m very happy to announce that the companion paper of Momocs has been accepted in Journal of Statistical Software. Their team did an amazing job for our paper and, in a much larger extent, for the journal and the Foundation for Open Access Statistics.

It comes with morphometrics on beer and whisky bottles, big hearts, and peace dove ;-)

Bonhomme V, Picq S, Gaucherel C & Claude J. Momocs: Outline Analysis using R. To be published in Journal of Statistical Software.

We introduce here Momocs, a package intended to ease and popularize Modern Morphometrics with R, and particularly outline analysis, which aims to extract quantitative variables from shapes. It mostly hinges on the functions published in Modern Morphometrics using R by Claude (2008). From outline extraction from raw data to multivariate analysis, Momocs provides an integrated and convenient toolkit to students and researchers who are, or may become, interested in describing the shape and its variation. The methods implemented so far in Momocs are introduced through a simplistic case study that aims to test if two sets of bottles have different shapes.

Keywords: modern morphometrics, comparison of shapes, Fourier transforms, outline analysis, R.

Adoptez une plante carnivore et sauvez ses copines !

Amoureux, amateurs, chercheurs de plantes carnivores, du vivant, de sa biodiversité, du Gers, bref de tout ce qui est beau et bon sur terre, la collection de Jean-Jacques Labat a besoin de votre aide.

Plus qu’un ami, plus qu’un co-auteur, plus qu’un poète, c’est un homme passionné, un puits de science à qui je dois (et lui ai dédié) ma thèse, et un homme incroyable compétent qui porte à bout de bras une collection incroyable de plantes carnivores, probablement la plus grande du monde.

Aujourd’hui, cette collection a besoin de vous pour … survivre. Jean-Jacques et son épouse ont lancé une campagne de financement collaboratif sur My Major Company. S’il vous reste quelques euros sur votre compte en banque, ils seront bien investis ! En plus, vous vous ferez un ami à l’occasion de la visite de son fabuleux jardin, et vous pourrez adopter une plante à qui donner toute votre tendresse.

Et comme dit Jean-Jacques sur le descriptif du projet :

Au-delà de nos remerciements pour votre geste si précieux pour notre avenir, c’est le peuple de l’herbe vorace qui vous remercie. Car sauver l’herbe domestiquée ou l’herbe sauvage, c’est en quelque sorte sauver notre existence.

 

 

Le quotidien du chercheur

Après un mois d’inactivité sur le site, consacré à retaper un appartement, j’entame 2014 en vous la souhaitant parfaite, et en publiant la postface que je signe pour le livre de Cédric Gaucherel, Le quotidien du chercheur, paru chez Quae. Cédric était mon directeur (et néanmoins ami) de post-doc à Pondichéry. Guillaume Lecointre signe quant à lui la préface.

Pour toutes ces raisons, et aussi parce que pas mal de textes présents dans l’ouvrages ont d’abord été publié chez Plume!, ce fut mon plaisir que d’y parler de ma vision de la recherche, ni noire, ni rose. Et de quelques pistes relatives à la vulgarisation scientifique et à notre quotidien professionnel. Le titre original était “Contes d’un chercheur de fantômes”, ce qui explique les premiers paragraphes.

Plusieurs coquilles s’y sont glissées dans la version imprimée. Notamment mon titre “Ex-directeur de Plume!“, en lieu et place de (Co)-fondateur et vice-président, et à la rigueur “ex-président”. Enfin, tout ça n’est pas très grave et voilà le texte in extenso. Vu que je n’ai pas signé de contrat d’auteur, je le place sous licence CC-by-sa comme le reste du site.

Chercheurs de fantômes ?

Vincent Bonhomme

Un beau soir, les fils de Cédric Gaucherel le présentèrent à des amis comme « chercheur de fantômes ». Au delà de l’instinct poétique, cette formule a résonné comme une évidence : ce serait le titre du recueil que Cédric nous livre ici. Dans l’immédiat on comprend qu’il fût bien embêté pour répondre à ses chères têtes blondes. Puisque les réponses aux enfants ne sauraient être uniques, ou trop courtes, je leur développe ici mon opinion, sous forme de double réponse ; ils pourront choisir.

Nous sommes des chercheurs de fantômes

Une réponse courte serait affirmative : « oui, en quelque sorte, nous sommes des chercheurs de fantômes ». Cédric, moi-même, et les scientifiques professionnels dans leur ensemble, qu’ils soient en doctorat, post-doctorat ou heureux titulaires, cherchons en quelque sorte des fantômes. Nous focalisons notre enthousiasme, prenant parfois des airs de monomanie, sur des sujets qui paraissent à première vue bien éthérés. Quand ils ne sont pas invisibles au reste du monde.

Oui, on peut comprendre que soit délicat d’arguer que la croissance reviendra – quoiqu’on en pense par ailleurs – si l’on augmente les financements des recherches sur la psychopathologie des sportifs de haut-niveau, le développement foliaire de plantes carnivores asiatiques ou encore sur la place des femmes dans l’Egypte ancienne. La plupart des publications ne sont que très peu citées [1], voire jamais, et la spécialisation à outrance peut dérouter les citoyens, les chercheurs eux-mêmes et leurs argentiers que sont les responsables politiques. Et, in fine, aboutir à des discours stupides, dont il sera difficile de faire pire que celui de l’ancien président Sarkozy qui déclarait début 2009 – et devant eux ! – que les chercheurs français publiaient « à budget comparable, de 30 à 50% en moins qu’un chercheur britannique », qu’il se contentaient de profiter de « lumière et du chauffage » et que la multiplication des agences et instituts « gaspillaient temps et argent » [2].

Critiquer la « rentabilité » du financement public de la recherche sans en exprimer dans le même temps une vision humaniste, sa fonction d’émancipation individuelle et collective, est trop facile. C’est aussi méconnaitre la susceptibilité des chercheurs et la nature même de la construction scientifique que de vouloir ordonner sa marche non-linéaire, voire chaotique.

Bien avant Nicolas Sarkozy, le Général de Gaulle s’y adonne aussi quand il déclare que « des chercheurs qui cherchent on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent on en cherche ». En admettant qu’il existe des chercheurs qui ne trouvent pas, on peut répondre au Général qu’ils entretiennent tout de même l’existant, ce qui est déjà un travail à temps plein. On ne peut produire de nouvelles connaissances que dans la connaissance du disponible ; ce faisant elles ne croupissent pas au fin fond des bibliothèques, elles respirent, se développent, bref, elles vivent. On imagine qu’on aurait pu également lui lancer : « nous, les scientifiques, sommes des incompris » ; ce à quoi il aurait sans doute répondu : « on dirait que vous le faites exprès ».

Autrement dit, les scientifiques seraient, au moins en apparence, inaccessibles, occupés qu’ils sont à dilapider l’argent public depuis leurs tours d’ivoire. Il faudrait répliquer, mais que répondre ? Et au delà des paroles, quels actes ? Et d’abord, quand on parle de recherche et de science, de quoi parle-t-on ?

Les différentes réalités de la science

Quand on emploie le mot « science » on peut vouloir désigner [3] : soit le processus rationnel d’étude du monde ; soit l’ensemble des connaissances ainsi produites ; le champ d’application de ces connaissances, ou encore l’institution qui embauche les scientifiques. Quatre réalités proches mais distinctes et certainement pas interchangeables même si l’une d’elles pourra être utilisée pour en désigner une autre, en fonction du contexte, ou pire, des intérêts en présence. Par exemple, on pourrait être tentés de justifier l’utilité de diffuser la connaissance scientifique (sens n°2) pour disposer d’un vote éclairé lors d’un référendum, au demeurant improbable, sur l’autorisation du clonage thérapeutique (sens n°3). La problématique de l’accès à la connaissance scientifique est à mes yeux bien plus large : elle conditionne ni plus ni moins que la possibilité d’une analyse rationnelle des informations nécessaires à nos actions quotidiennes comme à la construction de nos modes de pensée. La connaissance scientifique se bâtit sur un principe plein de bon sens – sur lequel nous reviendrons –, celui de la méthode scientifique (sens n°1) qui se propose de décrire le monde en se basant sur des observations, pouvant aboutir à une meilleure explication de celui ci.

Nous ne sommes pas (que) des chercheurs de fantômes

Une réponse un peu plus longue aux fils de Cédric sera négative : « non, nous ne sommes pas des chercheurs de fantômes ». La fonction sociale des scientifiques, de la science et de la connaissance au sens large est essentielle. Elle demande à être discutée, voire conscientisée par les scientifiques eux-mêmes.

Si l’on en croit l’ancien président, l’utilité des scientifiques peut se ramener aux questions de leur « rayonnement », leur « excellence » et de leur « potentiel d’innovation ». Rappelons que les indices mondialement utilisés pour en juger sont respectivement : le nombre de citations des publications scientifiques pour les chercheurs, le classement de Shanghai [4] pour les instituts et universités et, un bilan comptable entrée-sortie. Ces approches ont l’immense avantage de ramener une réalité multidimensionnelle en un seul chiffre, mais aussi le colossal désavantage de mélanger tout et n’importe quoi et d’être contre-productives. Elles sont en effet coûteuses en temps, énergie, argent et bonne humeur, c’est-à-dire en efficacité des labos.

Ce n’est pas l’objet ici que de critiquer plus avant ces indices, ni d’approfondir la question de la bibliométrie des productions de la recherche. Les rayonnages d’histoire de sciences et d’épistémologie nous enseignent déjà que la visibilité immédiate d’une recherche est (souvent) un (très) mauvais indicateur de son importance scientifique ou de son utilité sociale. L’importance scientifique se mesure sur un temps long, disons trop long pour ne jamais se tromper à l’embauche, à l’avancement de carrière ou sur le choix de la une des médias. L’utilité de la science s’aborde de façons très différentes selon que l’on vise l’impact économique ou bien l’émancipation individuelle comme collective, qui demeure, y compris en période de crise, la tâche historique de la science.

Ré-expliciter le contrat méthodologique des chercheurs

Un des enjeux actuels de la science comme institution (sens n°4) est de ré-expliciter le contrat méthodologique des chercheurs (je reprends – faute de mieux ! – le sous-titre de l’ouvrage de Guillaume Lecointre consacré au sujet [5]), aussi appelé la méthode scientifique. Son champ d’application est celui des observations collectives et sa tâche historique est de proposer, à un moment donné, une explication du monde qui nous entoure. Sa plus remarquable caractéristique est qu’elle est, par nature, en discussion permanente : tout le monde, vous, moi, peut proposer une meilleure explication d’un phénomène donné, pourvu qu’elle soit étayée. Si d’aventures votre nouvelle théorie permet une explication plus vraisemblable du monde et requiert moins de forces mystiques ou simplement inconnues pour l’expliquer, votre théorie l’emportera. Ironiquement, la raison d’être de ce nouveau jalon scientifique est d’être dépassé, d’être discuté et remis en cause jusqu’à l’obtention d’un meilleur modèle du monde. En d’autres termes, et pour reprendre Feyerabend, l’histoire des sciences est l’histoire des défaites de l’irrationalisme [6]. Confrontés aux obscurantismes modernes comme anciens, à la confusion entre science et technique, aux lubies évaluatrices, ne voilà pas une noble réponse pour les scientifiques que d’expliquer leur métier, leur méthode ?

Expliquons, ré-expliquons, que la science n’est pas un domaine tout à fait comme un autre de la culture. Que les voies par lesquelles on peut critiquer sa construction et l’utilisation de ses résultats diffèrent radicalement d’autres créations de l’esprit humain, comme celles de l’art par exemple. Quand je critique un tableau de Picasso, une pièce pour piano de Satie ou un roman de Kundera, je le fais sur une base essentiellement subjective : d’aucuns pourraient les trouver plus ou moins « beaux », « techniques », « avant-gardistes », etc. que moi-même. Ils en ont bien le droit ; les goûts et les couleurs, ne se discutent pas. Quand je critique en revanche les recherches de quelqu’un, disons ceux de Cédric pour ne froisser personne, je le fais sur une base objective : je ne m’attaque pas au bonhomme en particulier mais à son interprétation d’un jeu de données ou son utilisation de tel ou tel formalisme. Le pari est que le temps long de la science permettra, à terme, de refaire plus ou moins la même expérience ou d’éprouver son approche, ses conclusions, et de confronter les résultats.

La science, comme acquisition de connaissances rationnelles et congruentes sur le monde, se bâtit sur un faisceau de faits, dont l’interprétation (et non les faits eux-mêmes) n’est par définition pas considérée comme définitive. Dans le fond, j’ai la sensation qu’on pourrait (devrait ?) combattre les obscurantismes et les charlatanismes uniquement sur la méthode employée, en expliquant, calmement, pourquoi les dogmes, quels qu’ils soient, ne sont pas une bonne façon d’aborder le monde pour qui veut le comprendre objectivement. Il ne s’agit pas de souligner la crédulité de tel ou tel individu ou groupe de personnes, et encore moins de combattre les croyances individuelles (vivent la liberté de pensée et de raisonnement !), mais de démontrer la nature évolutive et adogmatique de la construction scientifique. Et cela n’implique pas pour autant qu’un édifice théorique, c’est-à-dire le prisme à travers lequel on interprète des faits, soit bancal ! L’évolution biologique est un fait aussi solide que celui de la gravité : dire que les organismes évoluent ne me fait pas prendre plus de risques (en réalité aucun) que de dire qu’une pomme que je lâche tombe sous l’effet de la gravité terrestre. Ce que l’on peut discuter, affiner, remettre en question, renverser, ce sont les moyens par lesquels on interprète l’évolution des organismes, la gravitation ou tout autre système, naturel ou humain.

Pour être tout à fait clair, quand je parle de différences entre science et art, je ne porte pas de jugement de valeur, je ne suppose pas d’infériorité (ou de supériorité) de la première sur le second, ni ici, ni dans mon for intérieur : leurs systèmes de constructions sont différents et tous deux donnent du sens – différemment – à notre monde, à nos regards sur lui, à nos vies. Enfin, la science n’a pour moi rien d’un désenchantement. A un ami artiste qui reprochait aux scientifiques de faire de la beauté simple et pure d’une fleur une chose triste, Richard Feynman, « pourtant » physicien influent en raison de ses travaux en électrodynamique quantique relativiste (!), répliqua que la connaissance scientifique ne faisait qu’ajouter à la vision du poète : par la beauté des processus cellulaires, la complexité de ses mécanismes internes, les raisons de l’évolution florale qui la rende désirable au yeux des pollinisateurs qui, de fait, en perçoivent également une forme de beauté.

Participer à ce mouvement collectif d’explication du monde devrait convaincre les fils de Cédric que ce dernier concourt à ce que nous ne craignions pas plus que de raison les fantômes. Les moyens méthodologiques dont leur papa dispose, et dont nous disposons tous, nous permettent en effet de les circonscrire à notre imaginaire…en l’état actuel des connaissances (et à défaut de pouvoir la prouver ou l’infirmer [7]).

Que penser des traitements médiatique et politique de la science ?

Les scientifiques sont des gens débordés : par leurs étudiants, par leur administration, par leurs recherches de financement, voire dans les cas les plus favorables par leurs recherches. Ne pourrions-nous pas, au lieu de nous rajouter une tâche (par ailleurs prévue par nos contrats de travail [8]), confier cette mission d’explication de la science aux médias spécialisés ou aux institutions politiques ?

La plupart des premiers sont dans une logique marchande qui nourrit un fort tropisme pour le sensationnalisme voire pour l’information fallacieuse. On se rappelle notamment de Science & Vie titrant en une « Le génome humain décrypté » lors de l’achèvement de son séquençage [9]. « L’information scientifique » ressemble trop souvent au « buzz » quand elle se pare de futile ou de scandale : combien de gènes (uniques et aux effets insurmontables si possible) de l’homosexualité, de la pédophilie, de l’impuissance précoce, de l’avarice, etc. a-t-on croisé dans la presse ou sur la toile ? Le résultat est que l’on finit par confondre la science et ses mises en application (sens n°1+2+4 et n°3, respectivement). Combien de condamnations des recherches en physique nucléaire parce que les bombes A et H ?  D’opprobre sur le génie génétique parce que les OGMs et Monsanto ? Ou de conclusions du GIEC [10] noyées dans le bruit médiatique d’un seul Allègre ? À force de ramener la science à son potentiel d’innovation et à ses quelques branches médiatiques, y compris par les journaux spécialisés eux-mêmes, il ne faut pas qu’ils s’étonnent que quand ces derniers sondent le lien de confiance des français à la science (présentée ici aussi comme le sens n°1+2+4 alors qu’ils mesurent en réalité la béatitude de leur positivisme c’est-à-dire le sens n°3), il ne soit pas au beau fixe [11] (le malentendu se révélant donc être une plutôt bonne nouvelle quant à l’esprit critique de notre société) !

Les seconds, les institutions politiques, sont encore plus à plaindre selon le même sondage. Ceci dit, il y a de quoi ! A l’échelle européenne, l’aspect émancipateur de la connaissance déjà marginal dans la Stratégie de Lisbonne [12] s’est peu à peu évaporée pour devenir Europe 2020 [13] qui propose de gérer les politiques de recherche et d’éducation européennes comme n’importe quelle multinationale. A l’échelle française et sur le terrain des labos, la compétition (doux euphémisme) à l’embauche, le statut des précaires, l’excellence que l’on  aimerait bien pouvoir labelliser, les détails et calendrier exigés des résultats que l’on pense obtenir (!) si l’on est financés par l’Agence Nationale de la Recherche, donnent tout de même des raisons au monde universitaire français de questionner sa fonction sociale. Les crises économiques mondiales, les politiques européennes d’enseignement et de recherche fluctuantes, et la restructuration nationale de l’Université sur l’autel myope de l’excellence consomment le schisme entre économie du savoir et société de la connaissance. Deux modèles de développement qui n’ont pas grand chose en commun et ne sont, de fait, guère interchangeables.

Notre métier de chercheur est de comprendre la nature comme l’humain, quand cela est possible et souhaitable par l’expérimentation directe, et ce faisant, de trouver en quelques sortes des solutions nouvelles. L’innovation est là, pas dans l’utilité sociale ou même scientifique que ces solutions individuelles apportent. Si ces questions doivent être posées, il me semble qu’elles ne peuvent l’être que dans un second temps. Et après tout, nous n’avons pas à nous sentir coupables du fait que les responsables politiques, économiques ou industriels, n’aient pas trouvé tous les problèmes pour lesquels nous avons une solution !

Au delà des médias et des politiques, la situation de ce que l’on appelle la culture scientifique et technique (le « et » peut, ici encore, être compris comme une forme d’utilitarisme) n’est pas aussi perdue ou manichéenne que je la décris. D’autres acteurs, petits et grands, individuels, institutionnels et associatifs, font un travail remarquable, souvent avec des bouts de ficelle mais beaucoup de cœur. Ils accueillent et accompagnent, toujours avec enthousiasme, les initiatives des chercheurs et pourraient en absorber davantage comme nous le développerons plus loin. Ces acteurs sont précieux, comme d’ailleurs nombre de médias de diffusion de la science et comme l’action politique telle qu’on l’idéalise. Ici, je force volontairement le trait pour appuyer mon objectif de défendre une réappropriation par les chercheurs de la communication de la science, au delà des voies traditionnelles que sont les publications et les colloques. Ces dernières ne sont d’ailleurs pas dirigées vers la société, qui pourtant les finance. Diffusion des résultats de la recherche et diffusion de la connaissance sont donc deux approches très différentes que la langue anglaise distingue fort à propos entre scientific communication et science communication, respectivement. Et quel potentiel humain pour cette réappropriation ! 230 000 chercheurs français, dont 100 000 dans le secteur public, plus de 11 000 nouveaux docteurs par an et un maillage territorial de 80 universités pour les y former [14]. Qu’attendons-nous ?

Psychanalyse (rapide) de la recherche

Avant de monter des stands dans la rue en face du labo, d’attraper le premier micro qui passe ou de monter un blog, peut-être pourrions-nous nous interroger sur pourquoi et comment nous faisons ce métier. La question du « Pourquoi faisons-nous ce métier ?» est la plus difficile, puisqu’il s’agit de verbaliser nos motivations profondes : on peut être scientifique parce qu’on pense ne rien savoir faire d’autre, parce que nous ou d’autres l’avons décidé à 14 ans, parce que découvrir de nouveaux territoires intellectuels est une drogue dure, parce qu’on a travaillé dur pour en arriver « là », etc. Il y a probablement plus matière à remplir les rayons « psychanalyse » et « biographie » que « philosophie » et « épistémologie » mais je crois que c’est une introspection valable. La question du « Comment faisons-nous ce métier ?» est celle du contrat méthodologique des chercheurs. Malheureusement, ce contrat est tacite la plupart du temps et nous apprenons « sur le tas » la méthode scientifique, qui est pourtant le cœur de nos métiers.

Cela peut sembler étonnant mais les deux questions du « pourquoi » et du « comment » faisons-nous de la science sont absentes de la plupart des formations universitaires. En France, vous pouvez devenir Docteur-ès-quelque-chose sans jamais suivre un cours d’épistémologie, d’histoire ou de philosophie des sciences ! On peut espérer, au mieux, que ces questions intéressent par ailleurs nos doctorants et qu’elles soient abordées plus tard, a minima autour de la machine à café.

Chercheurs, chercheuses, vulgarisez !

De la même manière qu’il est stupide de s’intéresser à ce qu’un employé coûte sans considérer ce qu’il rapporte, il conviendrait d’intégrer honnêtement les avantages individuels et collectifs liés à la diffusion des connaissances. Malheureusement, l’idée que les chercheurs qui vulgarisent n’ont rien de mieux à chercher que l’attention d’un public de non-scientifiques flotte toujours dans l’air. N’en déplaise aux rabats joies et pour satisfaire les amateurs de quantification, un chercheur qui vulgarise est (statistiquement) un chercheur qui publie plus [15].

L’ouvrage que Cédric Gaucherel nous livre ici est une entreprise de longue haleine, élaboré pendant son « temps libre », c’est-à-dire les soirs, week-ends et pendant ses vacances. Pourquoi donc cet effort d’explicitation du monde (et aussi d’analyse individuelle « pourquoi-comment ») et de la recherche ne devrait-il pas aussi être reconnu comme partie intégrante de notre métiers ?

Profitable aux chercheurs, aux laboratoires et à la société qu’attendons-nous pour orienter notre matière grise vers plus de vulgarisation ? Et s’il le faut, détournons-la. Il y a du pain sur la planche pour démythifier notre travail et démystifier le monde. Beaucoup de nous rêvons d’un monde éclairé, instruit, ouvert à l’échange, où les chercheurs eux-mêmes se saisiraient de la question de la diffusion de la connaissance. C’est un projet de société ambitieux qui passe par la redéfinition de notre métier et la ré-explicitation de la fonction sociale de la connaissance. Heureusement, il n’est pas besoin d’attendre de grandes décisions politiques, nous pouvons nous en saisir directement : les possibilités d’action individuelle et collective sont nombreuses et à portée de main. Et qu’attendre pour en imaginer de nouvelles ?


[1] Matthew L. Wallace, Vincent Larivière, Yves Gingras (2009). Modeling a century of citation distributions. Journal of Informetrics, 3(4) 296–303.

[2] Discours du Président de la République, M. Nicolas Sarkozy, prononcé le 22 janvier 2009 au Palais de l’Elysée.

[3] Alan Sokal et Jean Bricmont (1997). Impostures intellectuelles. Odile Jacob, 276 pages

[4] Shanghai Jiao Tong University. Academic Ranking of World Universities. Graduate School of Education, Shanghai Jiao Tong University.

[5] Guillaume Lecointre (2012). La science face aux créationnismes. Ré-expliciter le contrat méthodologique des chercheurs. Quæ, collection Sciences en questions, 176 pages.

[6] Paul Feyerabend (1975). Contre la méthode, Esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance. Seuil, collection “Points sciences”, 1988, 349 p. pour la traduction française.

[7] L’absence de preuve n’étant pas la preuve de l’absence. Voir à ce sujet : Nassim Nicholas Taleb (2008) Le cygne noir, la puissance de l’imprévisible. Les Belles Lettres. 496p.

[8] Décret n°84-431 du 6 juin 1984, Article 3.

[9] Science & Vie n°993, 1er juin 2000.

[10] Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat.

[11] Sondage Ipsos-Logica Business Consulting pour La Recherche et Le Monde, juin 2012.

[12] Conclusions du Conseil Européen de Lisbonne des 23 et 24 mars 2000.

[13] Commission Européenne. (2010). Europe 2020.

[14] Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

[15] Pablo Jensen, Jean-Baptiste Rouquier, Pablo Kreimer et Yves Croissant (2008). Scientists who engage with society perform better academically. Science and Public Policy 35(7) 527-541.

KoalaBox : etherpad + piratebox

En formation à la vulgarisation on écrit. Chez ShakePeers et chez Plume!, on écrit aussi des textes, et surtout des compte-rendus de réunion. En formation ou en réunion, j’utilise etherpad et le monde est meilleur. Si vous ne connaissez pas encore, lâchez-tout et allez-voir.

Pas très loin de chez moi, des copains lancent un hackerspace : le BIB. C’est plutôt un radeau de sauvetage (ou un bag in box) qu’un lieu où on attaque des navires. Un radeau pour la bidouille, de la bonne vieille fraiseuse à la musique 100% siliconée. Bref. Dans ce lieu, on rencontre et on bidouille, et l’on fait notamment de l’électronique embarquée.

En plus d’être des vulgarisateurs-nés, ils sont très compétents. Il arrive que l’un aille sans l’autre. Et au BIB, ils sont du genre à aimer les nouveaux projets.

Alors moi mon projet c’est de l’informatique embarquée : un RaspberryPi et un routeur Wifi, embarqués dans quoi ?, dans une boîte qui tienne dans la main. Appelons la boîte une KoalaBox ou une Collabox.

L’idée est la suivante : tu arrives, tu branches la box et tu peux :

  • disposer d’un réseau local, indépendamment de l’accès à Internet, et pour des centaines de personnes ;
  • créer un espace d’échange de documents : textes, photos, musique, etc. que chacun puisse déposer et prendre ;
  • te connecter à ton serveur web et faire tourner tout ce que tu veux qui tourne sur le web ;
  • écrire des documents collaborativement et en temps réel avec etherpad ;
  • mesurer et analyser la collaboration, par exemple, avec une analyse linguistique des textes produits (un exemple mais on peut faire tourner un R ou autre.

Là-bas, ils m’ont dit : commande un “Raspaille” et ça va glisser. Bon, lançons-nous dans la geekitude bidouillesque. M’ont-ils vendu du rêve ? Vous (et moi aussi) le saurez au prochain épisode.

Gazette n°1

J’ai compilé les textes produits pendant la formation à la vulgarisation que j’ai assurée les 22, 23 et 24 octobre 2013 à Montpellier. 20 heures de formation, 16 auteurs, 16 textes publiés sous licence libre Creative Commons by-sa par les auteurs :

  • La soif des tannins par Thibault Bontpart
  • Franceville : mosaïque de forêt et de savane par Joa Mangombi
  • L’électricité dans tous ses états par Julien Brunello
  • Du Cerro au Pisco par Jonathan Pourrier
  • Échographier la Terre par Nathalie Rasendra
  • Les cicatrices climatiques par Julie Dederer
  • L’épopée verticale des laves du Maroc par René Chamboredon
  • Le pouvoir caché du muscle par Florian Britto
  • L’hibiscus : boisson miraculeuse ? par André Sinela
  • Maghreb : trésor de terroir par Aziza Aïcha Ladjouze
  • La Corse : l’île aux mille fromages par Melissa Aït Mouloud
  • Le logiciel qui ne meurt jamais par Raoul Taffo Tiam
  • Jouer, rire, vieillir par Grégory Ben-Sadoun
  • La révolution silencieuse par Tasnim Jemaa
  • Oh punaise ! par Malal Diop
  • Les oiseaux marins, un baromètre de l’environnement de mer par Ravichandra Mondreti

 

Résultat : le n°1 de la Gazette d’Athéna dont l’objectif est de montrer ce que l’on produit au cours de mes formations à la vulgarisation.

 

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Focus sur un docteur : myself

Ce mois-ci, le Focus sur un Docteur (notez la cible menaçante dans le titre !) de Contact est surmoi-même !

Heureux d’entendre parler de doctorat comme ça :  “Le doctorat est l’apprentissage de la recherche par la recherche… mais pas nécessairement pour la recherche.”

Faire croire que la thèse c’est par ET pour la recherche, c’est non seulement une arnaque mais, surtout, ça continue de briser moralement des gens, a minima de leur (auto-)mettre une pression permanente et d’entourer la thèse d’un doux halo de masochisme.

Genre on est chez les Shaolin… et genre tu vas me trouver du boulot automatiquement à la sortie et pile-poil ce pour quoi je suis formé ! Recherche ou pas recherche, maintenant ou plus tard, je pense qu’on pourrait lâcher un peu prise et profiter de la vie et être excellent/innovant/blablablant non ?

Vulgariser : pour ou contre ? Six chapeaux à Montpellier

Retour d’expérience sur le jeu des six chapeaux, appliqué en formation à la vugarisation scientifique. J’assurai une formation de trois journées (20h) les 22, 23 et 24 octobre 2013 au PRES de Montpellier, pour 17 doctorant-e-s.

Comme la dernière fois à Toulouse, la question à 1000 francs était : “Vulgariser : pour ou contre ?”. Cette question n’a qu’une utilité : représenter les images de 17 doctorants. Ah, et au passage briser la glace et lancer les trois journées ensemble dont l’objectif est que chacun écrive un article.

Toujours comme la dernière fois, un public très hétérogène en années de thèse et en sujet (marketing, écologie, santé, géologie, informatique, électronique, etc.). Et les six chapeaux qui servent surtout à externaliser dans l’un des chapeaux, la timidité de la première prise de parole au sein du groupe. Les 6 chapeaux, pour ça aussi, fonctionnent remarquablement bien.

Assez thatché, voyons la mind-map.

Vulgariser : pour ou contre ?

Vulgariser-211014

(Version image)

Petite analyse

Nous allons en faire une petite analyse et comparer rapidement avec celle de Toulouse. A ce propos, j’ai bon espoir, un jour et à terme, de faire une analyse globale un peu moins qualitative (je ne dis pas que c’est un gros mot).

Les branches sont numérotés, peu ou prou, dans l’ordre où nous les avons développées. Tant qu’à faire, nous allons aussi les commenter dans cet ordre.

(1) La transmission est fondamentale

Deux propositions qui jaillissent d’emblée. Vulgariser est fondamental (wahou) pour “passer le relais” et “pour rendre accès à l’information“. Le premier n’a pas excité les foules. C’est vrai que l’argument de “vulgariser pour redonner goût aux carrières scientifiques”, c’est non seulement infondé mais aussi sexy que … non c’est pas sexy du tout en fait.

Notons le “rendre” accès à l’information, là où l’on entend plutôt “donner” accès à l’information. Pour une formation où l’on a parlé beaucoup des verbes, celui-ci est très fort. Bien plus fort que “redonner”. Chic, un groupe de rebelles qui parle de droit à l’information comme d'”un droit individuel” !

Un des aspects clés de la vulgarisation est de “développer l’esprit critique” et son corollaire, “repérer la désinformation“. Comme à Toulouse on reparle de l’école : apprendre à trier l’information, “N’est-ce pas le rôle de l’éducation ?“.
Mais on insistera surtout pendant ces six chapeaux sur les collusions entre science et pseudo-sciences. C’est peut-être un effet de mémoire du paperboard, puisque les feuilles précédant celles que nous remplissions ont été noircies par les excellents Cortecs.

Tout y passe : “testé scientifiquement“, les “usurpateurs“, les “frères Bogdanov” (il y avait longtemps…), “notoriété versus légitimité“, les “$$$ et la pseudo-science” sur une autre branche, etc.

Finalement, toujours à propos de l’aspect “fondamental” de transmettre la science, celui “garder le contrôle sur l’information que les scientifiques communiquent“.

(2) Un vulgarisateur n’est pas un marketeur

Par effet de bord, cette longue discussion sur les collusions a entraîné avec elle toutes les autres branches qui ont suivi. Notamment la présente : “Le vulgarisateur n’est pas un marketeur“. Un rabat-joie a proposé d'”éviter la collusion entre $$$ et pseudo-sciences” et une optimiste (en marketing) a balancé au passage “vulgarisons le marketing“. Non, le marketing n’est (uniquement) pas l’image qu’on s’en fait (ah !).

(3) Vulgariser c’est dévalorisant

Tiens, on retrouve dans les mêmes termes “dévalorisant“, le fait de vulgariser. D’accord, c’est un chapeau pas-content qui dit ça. Et puis avec 100% et N=2, c’est pas encore du testé scientifiquement. Proposition rapidement bâchée par la meute :”Non, faire comprendre c’est aussi valoriser“.

(4) Comment être contre communiquer ?

Ah, enfin on me dit que la question de départ est débile. Enfin, peut-être pas tant que ça parce qu’on glisse naturellement entre “vulgariser” et “communiquer”. Quasi Amen.

Le grand jeu : “Communiquer ça s’apprend” ; les questions existentielles : “Qu’est-ce que la science ?“, “Quels sont les buts de la recherche ?” ; l’envie d’exister : “Pour faire entendre sa voix“, “Nous, scientifiques, nous existons !” ; de donner aux autres : “Parce que nous sommes altruistes“, tout y passe !

(5) La vulgarisabilité est fonction du sujet

Ben oui, il y a des modélisateurs dans la Salle des Actes. Proposition : Vulgarisabilité = f(Sujet). Alors s’il y a bien une discussion qui permet de foutre le bordel entre des gens très différents qui d’une façon ou d’une autre diffusent la culture scientifique c’est bien celle-là. “Tous les sujets peuvent-ils être vulgarisés ?”. Vous avez quatre heures. Espérons qu’il y ait aussi des bières et des tartines !

Je pense que la réponse “Oui, mais certains plus facilement que d’autres” mettrait tout le monde d’accord. Et d’ailleurs c’est ce qu’il surgit dans la salle : “Rien n’existe qui ne soit pas “vendeur” / utile pour le receveur.” Voilà, une transition pour, plus tard, parler d’angle.

(6) Pour ses vertus émancipatrices

Enfin, et comme à Toulouse, le côté “humaniste” de la vulgarisation arrive sur la fin, comme une cerise sur un gâteau à la crème ? Ou comme une préoccupation secondaire ?

Après un “à bas le capital et refondons l’école”, et plusieurs propostions qui rejoingnent les préoccupations existentielles que l’on vient de voir, nous finissons sur le “politiquement correct” dans l’information. Et l’on parle de Galilée. Pas politiquement correct du tout, et pourtant, c’est lui qui avait raison. Contre tous ou presque.

Hâte d’avoir une dizaine de mind-maps, pour tenter la méta-mind-map !

 

 

Formation à Montpellier, PRES, 22-24 octobre 2013

J’animerai une formation à la vulgarisation scientifique pour les doctorants du collège doctoral du PRES Sud de France, à Montpellier, du 22 au 24 octobre 2013. J’en ferai un bilan ici même, courant novembre.

Au menu :

  • autonomiser les participants à la diffusion des connaissances ;
  • la production d’un article de vulgarisation ;
  • de l’écriture/relecture collaborative, le jeu des 6 chapeaux, du remue-méninges, de la présentation croisée, des surprises et du café.